11. Schweizer Kunst-Supermarkt in Solothurn,
vom 18. November 2010 bis 7. Januar 2011

Öffnungszeiten: Montag bis Freitag: 14–20 Uhr / Samstag, Sonntag, Feiertage: 11–17 Uhr
25. Dezember und 1. Januar geschlossen

Eröffnung und Vernissage: 18. November, 18 Uhr

Le Temps, 3 Décembre 2004

L’art au fond du caddie

Le mur du salon est désespérément nu; le budget annuel pour les extras plutôt modeste. Mais diable qu’il serait bon de pouvoir s’offrir un tableau vif en coleurs, sans guère réfléchir au prix ni aux conditions d’achat. Et le tout sans perdre trop de temps. Le Supermarché suisse d’art contemporain, le cinquième d’art contemporain, le cinquième du genre organisé à Soleure, a entendu la demande et ouvert ses portes pour plus de sept semaines d’achat. A des prix défiant toute concurrence.

Alors voilà, on y vient au détour d’une pause pour y acquérir une oeuvre sans trop faire souffrir son fond de caisse. Ici, la stratégie de vente ouvertement poursuivie est celle de la grande surface. Même entre les murs du palais Besenval, sur les rives de l’Aar, au coeur de la vieille ville. On regarde, on entrasse et on se dirige vers la caisse. Et ca marche, au vu des quelque 35000 visiteurs comptabilisés l’an dernier. Quelque 90 artistes, même si l’utilisation du terme «artiste» ne plaît pas à tout le monde, son réunis. Chacun doit fournir au minimum quarante oeuvres, soit dix pour chaque tarif en vigueur. 99, 199, 399, 599 francs: des montants qui rappellent les campagnes de soldes de certaines maisons de confection. En ce mercredi après-midi, l’affluence n’a rien à voir avec la «frénésie» du premier jour, «où l’on achète presque sans n’avoir rien vu», observe une responsable de la caisse. Mais le va-et-vient est constant. En visite éclair, Rachel est maîtresse d’école. Et curieuse. «Ma soeur est venue l’an dernier et m’a fait envie. Ici, c’est avant tout une chance pour des artistes inconnus d’être découverts. Tant que ca plaît, c’est l’essentiel.» On déambule entre des bacs pareils à ceux des disquaires où sont présentés les tableaux. Courte biographie du créateur, étiquette rouge bien visible pour indiquer le montant à débourser. Ce Roger Federer découpé dans un carton, vendu pour 399 francs, n’est pas du meilleur goût mais tout n’est pas dénué d’intérêt. C’est en Allemagne que le journaliste et éditeur Peter-Lukas Meier est allé chercher l’idée de ce supermarché. Oeuvres décoratives, dessins, peintures, quelques aquarelles, collages ou statuettes en carton s’enchevêtrent sur deux étages. Pour ce couple, le supermarché est devenu un rendezvous annuel à ne pas manquer. «On pourrait presque introduire une sorte de carte de fidélité!». Le concept du service à l’étalage à des prix défiant toute concurrence est omniprésent, jusqu’aux caddies repérés au détour des corridors – surtout pour alimenter le concept. A la sortie, les employés emballent et encaissent. Rien n’est commandé ou réservé. Tour se «consomme» sur place.
L’instigateur du supermarché parle d’une nouvelle manière, bien plus «efficace», de présenter l’art. «Quand on voit l’ampleur de notre public, cela n’a rien de comparable avec les galeries vides. Je ne crois pas qu’il y ait de concurrence avec d’autres espaces.» Et l’intérêt des exposants est vif. Quatorze nations sont représentées et les organisateurs ond recu plus de 500 dossiert en provenance de la Suisse. C’est là qu’intervient la question délicate de la sélection. Donc des critères de qualité. Peter-Lukas Meier: «Pour beaucoup ca se fait un coup de coeur, en fonction des photographies recues. Mais il arrive bien sûr que l’on soit décu.» Souvent les mêmes noms se retrouvent d’une édition à l’autre. «J’ai repris certains dessins que je n’avais pas vendus l’an passé», explique Cleide Burdet Saito. Cette Yverdonnoise, passionnée par Miro, a déjà vendu une quinzaine de créations depuis l’ouverture et la moitié du prix de vente lui revient. «C’est un moyen de se faire connaître; le concept de supermarché ne me dérange pas.» Tout le monde ne partage pas cet enthousiasme et elle n’attend pas beaucoup de critiques ou d’historiens d’art dans les couloirs du palais Besenval. Quand on leur parle du supermarché, certains, à l’image d’une galeriste lausannoise, s’interrogent sur l’attribution du terme d‘«artiste». Pour lui préférer celui de «faiseur d’art». Surtout lorsque l’on sait qu’il faut fournir un minimum de quarante oeuvres.»
Souvent confronté à des critiques, Peter-Lukas Meier ne désarme pas. «Je ne fais qu’agrandir le marché, je réalise que ce que d’autres auraient peut-être dû faire.» Ses yeux sont brillants. Il est fier de son «bébé» qui lui coûte beaucoup de temps et d’argent. L’an dernier, la vente des tableaux a entraîné un chiffre d’affaires de l’ordre de 800000 francs. Soit la première édition terminée das les chiffres noirs en cinq ans. Pas de doute, il veut continuer. A la caisse, on sent que la fin del’aprés-midi approche. L’activité redouble. Pressée de prendre son train, une conseillère d’entreprise bâloise a le sourire. «J’ai craqué mais pour un prix raisonnable! 199 francs pour un coup de coeur, un original. Alors que d’autres achètent des reproductions chez Ikea pour le même prix!» Elle a déjà disparu.

Anne Fournier